Gore-Tex, eVent, Pertex Shield, Novadry : comment une membrane peut être à la fois imperméable et respirante ? On explique la colonne d'eau, le RET, et pourquoi une membrane n'est jamais chaude.
Comment un tissu peut-il empêcher la pluie d'entrer tout en laissant la transpiration sortir ? C'est toute la promesse des membranes imperméables-respirantes : Gore-Tex, eVent, Pertex Shield, ou les versions maison des marques comme Novadry / MP+ chez Decathlon. Ce sont elles qui permettent d'affronter une vraie averse sans finir trempé — ni de sueur, ni de pluie.
Cet article explique comment ça marche, comment lire les deux chiffres qui comptent (colonne d'eau et RET), et surtout un point que le marketing oublie souvent : une membrane protège, mais elle ne réchauffe pas.
Une membrane imperméable-respirante est un film extrêmement fin, laminé entre les couches d'un tissu. Sa magie tient à la taille de ses pores : ils sont assez petits pour bloquer une goutte d'eau liquide, mais assez grands pour laisser passer la vapeur d'eau (la transpiration sous forme gazeuse).
Le fabricant Gore avance que sa membrane compte des milliards de pores par pouce carré, chacun des dizaines de milliers de fois plus petit qu'une goutte d'eau, mais des centaines de fois plus grand qu'une molécule de vapeur. C'est ce différentiel de taille qui rend le tissu à la fois étanche et respirant.
L'imperméabilité se mesure par la colonne d'eau, en millimètres (mm), aussi appelée Schmerber. Le test normalisé ISO 811 consiste à faire monter une pression d'eau sur le tissu jusqu'à ce que trois gouttes le traversent : la hauteur d'eau supportée donne la note.
| Colonne d'eau | Ce que ça vaut |
|---|---|
| < 1 500 mm | Déperlant, pas imperméable |
| ~5 000 mm | Résiste à une pluie modérée à forte |
| > 10 000 mm | Imperméable |
| 20 000 – 28 000 mm | Imperméable même en conditions extrêmes |
Repère concret : le Gore-Tex est annoncé à 28 000 mm, très au-delà du seuil de l'imperméabilité. C'est ce qui permet de rester au sec sous une averse prolongée, là où un simple déperlant ou un softshell finissent par céder.
Imperméable, c'est bien ; encore faut-il évacuer la transpiration, sinon on se retrouve mouillé de l'intérieur. C'est ce que mesure le RET (résistance à l'évaporation), via le test ISO 11092 de l'institut Hohenstein. Règle d'or : plus le RET est bas, plus la membrane respire.
| RET | Classe Hohenstein |
|---|---|
| 0 – 6 | Très bon / très respirant |
| 6 – 13 | Bon |
| 13 – 20 | Satisfaisant |
| > 20 | Insuffisant, étouffant à l'effort |
Les membranes haut de gamme visent le bas du tableau : le Gore-Tex Pro affiche un RET inférieur à 6, et le Gore-Tex Active, plus respirant, inférieur à 3.
Pourquoi le RET compte autant en course
En marchant, tu produis peu de vapeur : presque toutes les membranes suffisent. En courant, tu en produis énormément. Si le RET est élevé, la vapeur s'accumule plus vite qu'elle ne s'évacue, et tu te sens moite malgré l'imperméabilité. Pour le running, un RET bas n'est pas un luxe, c'est ce qui rend la veste supportable à l'effort.
C'est l'erreur d'interprétation la plus fréquente. Une membrane est une barrière : elle arrête le vent et l'eau. Elle n'emprisonne pas l'air, donc elle n'isole pas. Si une veste imperméable te tient chaud, c'est grâce à une doublure ou à un garnissage (duvet, synthétique) — jamais grâce à la membrane elle-même.
Le garde-fou Norbare
Une veste hardshell sans garnissage reçoit un score d'isolation quasi nul, même si elle protège parfaitement du froid par coupure du vent. « Imperméable-respirant » et « chaud » sont deux choses différentes qu'il ne faut jamais confondre.
En revanche, en coupant totalement le vent, une membrane supprime le refroidissement éolien : on se sent plus au chaud grâce à la protection, pas grâce à une chaleur propre au tissu.
Une membrane ne travaille jamais seule : le tissu extérieur qui la recouvre porte un déperlant (DWR). Quand ce déperlant s'use, le tissu extérieur se gorge d'eau (« wetting out ») : la membrane reste étanche, mais l'eau qui sature la face externe bloque l'évacuation de la vapeur, et la respirabilité s'effondre. On a alors l'impression que « la veste ne respire plus » ou « prend l'eau », alors que c'est le déperlant qu'il faut réactiver ou refaire. Entretenir le DWR, c'est entretenir la respirabilité.
À l'inverse, par temps sec ou pour un effort très intense sous bruine légère, un coupe-vent tissé ou un softshell — plus respirants — sont souvent plus confortables. La membrane est une assurance contre la pluie soutenue, pas une couche à porter par défaut.
Une membrane imperméable-respirante repose sur un équilibre mesurable : une colonne d'eau élevée (jusqu'à 28 000 mm pour le Gore-Tex) qui bloque la pluie, et un RET bas (moins de 3 à 6 pour les meilleures) qui laisse sortir la transpiration. C'est la seule solution pour rester sec sous une averse prolongée. Mais elle ne réchauffe pas — c'est une barrière, pas un isolant — et sa respirabilité dépend d'un déperlant de surface à entretenir. Bien comprise et bien entretenue, une membrane est ta meilleure protection les jours de vraie pluie.
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